06/10/2009
23 novembre 2005: une charte de la francophonie
La Francophonie doit tenir compte des mutations historiques et des grandes évolutions politiques, économiques, technologiques et culturelles qui marquent le XXIe siècle pour affirmer sa présence et son utilité dans un monde respectueux de la diversité culturelle et linguistique, dans lequel la langue française et les valeurs universelles se développent et contribuent à une action multilatérale originale et à la formation d’une communauté internationale solidaire.
La langue française constitue aujourd’hui un précieux héritage commun qui fonde le socle de la Francophonie, ensemble pluriel et divers. Elle est aussi un moyen d’accès à la modernité, un outil de communication, de réflexion et de création qui favorise l’échange d’expériences.
Cette histoire, grâce à laquelle le monde qui partage la langue française existe et se développe, est portée par la vision des chefs d’État et de gouvernement et par les nombreux militants de la cause francophone et les multiples organisations privées et publiques qui, depuis longtemps, oeuvrent pour le rayonnement de la langue française, le dialogue des cultures et la culture du dialogue.
Elle a aussi été portée par l’Agence de coopération culturelle et technique, seule organisation intergouvernementale de la Francophonie issue de la Convention de Niamey en 1970, devenue l’Agence de la Francophonie après la révision de sa charte à Hanoi, en 1997.
Afin de donner à la Francophonie sa pleine dimension politique, les chefs d’État et de gouvernement, comme ils en avaient décidé à Cotonou en 1995, ont élu un Secrétaire général, clé de voûte du système institutionnel francophone, de même que la Conférence ministérielle, en 1998 à Bucarest, a pris acte de la décision du Conseil permanent d’adopter l’appellation « Organisation internationale de la Francophonie ».
À Ouagadougou, en 2004, réunis en Xe Sommet, les chefs d’État et de gouvernement ont approuvé les nouvelles missions stratégiques de la Francophonie et ont pris la décision de parachever la réforme institutionnelle afin de mieux fonder la personnalité juridique de l’Organisation internationale de la Francophonie et de préciser le cadre d’exercice des attributions du Secrétaire général.
Tel est l’objet de la présente Charte, qui donne à l’ACCT devenue Agence de la Francophonie, l’appellation d’Organisation internationale de la Francophonie.
Titre I : Des objectifs
Article 1 : Objectifs
La Francophonie, consciente des liens que crée entre ses membres le partage de la langue française et des valeurs universelles, et souhaitant les utiliser au service de la paix, de la coopération, de la solidarité et du développement durable, a pour objectifs d’aider : à l’instauration et au développement de la démocratie, à la prévention, à la gestion et au règlement des conflits, et au soutien à l’État de droit et aux droits de l’Homme ; à l’intensification du dialogue des cultures et des civilisations ; au rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle ; au renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale en vue de favoriser l’essor de leurs économies ; à la promotion de l’éducation et de la formation. Le Sommet peut assigner d’autres objectifs à la Francophonie.
La Francophonie respecte la souveraineté des États, leurs langues et leurs cultures. Elle observe la plus stricte neutralité dans les questions de politique intérieure.
Les institutions de la présente Charte concourent, pour ce qui les concerne, à la réalisation de ces objectifs et au respect de ces principes.
Titre II : De l’organisation institutionnelle
Article 2 : Institutions et opérateurs
Les institutions de la Francophonie sont :
1. Les instances de la Francophonie :
- La Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, ci-après appelée le «Sommet» ;
- La Conférence ministérielle de la Francophonie, ci-après appelée «Conférence ministérielle » ;
- Le Conseil permanent de la Francophonie, ci-après appelé «Conseil permanent ».
2. Le Secrétaire général de la Francophonie.
3. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
4. L’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), qui est l’Assemblée consultative de la Francophonie.
5. Les opérateurs directs et reconnus du Sommet, qui concourent, dans les domaines de leurs compétences, aux objectifs de la Francophonie tels que définis dans la présente Charte :
- l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) ;
- TV5, la télévision internationale francophone ;
- l’Université Senghor d’Alexandrie ;
- l’Association internationale des maires et responsables des capitales et des métropoles partiellement ou entièrement francophones (AIMF).
6. Les Conférences ministérielles permanentes : la Conférence des ministres de l’Éducation des pays ayant le français en partage (Confémen) et la Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports des pays ayant le français en partage (Conféjes).
Article 3 : Sommet
Le Sommet, instance suprême de la Francophonie, se compose des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage. Il se réunit tous les deux ans.
Il est présidé par le chef d’État ou de gouvernement du pays hôte du Sommet jusqu’au Sommet suivant.
Il statue sur l’admission de nouveaux membres de plein droit, de membres associés et de membres observateurs à l’OIF.
Il définit les orientations de la Francophonie de manière à assurer son rayonnement dans le monde.
Il adopte toute résolution qu’il juge nécessaire au bon fonctionnement de la Francophonie et à la réalisation de ses objectifs.
Il élit le Secrétaire général, conformément aux dispositions de l’article 6 de la présente Charte.
Article 4 : Conférence ministérielle
La Conférence ministérielle se compose de tous les membres du Sommet. Chaque membre est représenté par le ministre des Affaires étrangères ou le ministre chargé de la Francophonie, ou son délégué. Le Secrétaire général de la Francophonie siège de droit à la Conférence ministérielle, sans prendre part au vote.
La Conférence ministérielle est présidée par le ministre des Affaires étrangères ou le ministre chargé de la Francophonie du pays hôte du Sommet, un an avant et un an après celui-ci.
La Conférence ministérielle se prononce sur les grands axes de l’action multilatérale francophone.
La Conférence ministérielle prépare le Sommet. Elle veille à l’exécution des décisions arrêtées par le Sommet et prend toutes initiatives à cet effet. Elle adopte le budget et les rapports financiers de l’OIF ainsi que la répartition du Fonds multilatéral unique.
La Conférence ministérielle nomme le Commissaire aux comptes de l’OIF et du FMU. Sur saisine d’un État membre ou d’un gouvernement participant, la Conférence ministérielle demande au Secrétaire général de fournir toute information concernant l’utilisation du Fonds.
La Conférence ministérielle définit les conditions dans lesquelles les commissaires aux comptes des opérateurs sont appelés à coopérer avec le Commissaire aux comptes de l’OIF et du FMU.
La Conférence ministérielle recommande au Sommet l’admission de nouveaux membres et de nouveaux membres associés ou observateurs, ainsi que la nature de leurs droits et obligations.
La Conférence ministérielle fixe les barèmes des contributions statutaires à l’OIF.
La Conférence ministérielle peut décider de déplacer le siège de l’OIF.
La Conférence ministérielle nomme les liquidateurs.
La Conférence ministérielle crée tout organe subsidiaire nécessaire au bon fonctionnement de l’OIF.
Les modalités de fonctionnement de la Conférence ministérielle sont précisées dans son Règlement intérieur.
Article 5 : Conseil permanent de la Francophonie
Le Conseil permanent est l’instance chargée de la préparation et du suivi du Sommet, sous l’autorité de la Conférence ministérielle.
Le Conseil permanent est composé des représentants personnels dûment accrédités par les chefs d’États ou de gouvernements membres du Sommet.
Le Conseil permanent est présidé par le Secrétaire général de la Francophonie. Il se prononce sur ses propositions et le soutient dans l’exercice de ses fonctions.
Le Conseil permanent de la Francophonie a pour missions :
- de veiller à l’exécution des décisions prises par la Conférence ministérielle ;
- d’examiner les propositions de répartition du FMU ainsi que l’exécution des décisions d’affectation ;
- d’examiner les rapports financiers et les prévisions budgétaires de l’OIF ;
- d’examiner et d’adopter l’ordre du jour provisoire des réunions de la Conférence ministérielle ;
- de faire rapport à la Conférence ministérielle sur l’instruction des demandes d’adhésion ou de modification de statut ;
- d’exercer son rôle d’animateur, de coordonnateur et d’arbitre. Il dispose à cet effet des commissions suivantes : la commission politique, la commission économique, la commission de coopération et de programmation, et la commission administrative et financière. Ces commissions sont présidées par un représentant d’un État ou d’un gouvernement membre, qu’il désigne sur proposition de la commission concernée ;
- d’adopter le statut du personnel et le règlement financier ;
- d’examiner et d’approuver les projets de programmation ;
- de procéder aux évaluations des programmes des opérateurs ;
- de nommer le Contrôleur financier ;
- de remplir toute autre mission que lui confie la Conférence ministérielle.
En tant que de besoin, le Secrétaire général réunit le Conseil permanent.
Les modalités de fonctionnement du Conseil permanent sont fixées par son Règlement intérieur.
Article 6 : Secrétaire général
Le Secrétaire général de la Francophonie préside le Conseil de coopération. Il est représenté dans les instances des opérateurs. Il dirige l’Organisation internationale de la Francophonie.
Le Secrétaire général est élu pour quatre ans par les chefs d’État et de gouvernement. Son mandat peut être renouvelé. Il est placé sous l’autorité des instances.
Le statut du Secrétaire général a un caractère international. Le Secrétaire général ne demande ni ne reçoit d’instructions ou d’émoluments d’aucun gouvernement ni d’aucune autorité extérieure.
Il est responsable du Secrétariat de toutes les instances de la Francophonie, aux sessions desquelles il assiste.
Il préside le Conseil permanent, dont il prépare l’ordre du jour. Il ne prend pas part au vote. Il veille à la mise en œuvre des mesures adoptées, dont il rend compte.
Le Secrétaire général est le représentant légal de l’OIF. À ce titre, il engage l’Organisation et signe les accords internationaux. Il peut déléguer ses pouvoirs.
Le Secrétaire général rend compte au Sommet de l’exécution de son mandat.
Le Secrétaire général nomme le personnel et ordonne les dépenses. Il est responsable de l’administration et du budget de l’OIF dont il peut déléguer la gestion.
Le Secrétaire général est chargé de l’organisation et du suivi des conférences ministérielles sectorielles décidées par le Sommet.
Article 7 : Fonctions politiques
Le Secrétaire général conduit l’action politique de la Francophonie, dont il est le porte-parole et le représentant officiel au niveau international.
Il exerce ses prérogatives dans le respect de celles du président en exercice du Sommet et du président de la Conférence ministérielle.
Le Secrétaire général se tient informé en permanence de l’état des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone.
En cas d’urgence, le Secrétaire général saisit le Conseil permanent et, compte tenu de la gravité des événements, le président de la Conférence ministérielle, des situations de crise ou de conflit dans lesquelles des membres peuvent être ou sont impliqués. Il propose les mesures spécifiques pour leur prévention, leur gestion et leur règlement, éventuellement en collaboration avec d’autres organisations internationales.
Article 8 : Fonctions en matière de coopération
Le Secrétaire général propose aux instances, conformément aux orientations du Sommet, les axes prioritaires de l’action francophone multilatérale. Il le fait en concertation avec les opérateurs.
Il propose la répartition du FMU et il ordonne les décisions budgétaires et financières qui y sont relatives.
Le Secrétaire général est responsable de l’animation de la coopération multilatérale francophone financée par le FMU.
Dans l’accomplissement de ces fonctions, il nomme, après consultation du CPF, un Administrateur chargé d’exécuter, d’animer et de gérer la coopération intergouvernementale multilatérale, ainsi que d’assurer, sous son autorité, la gestion des affaires administratives et financières. L’Administrateur propose au Secrétaire général les programmes de coopération de l’OIF qui sont définis dans le cadre des décisions du Sommet. Il est chargé de leur mise en œuvre. Il participe aux travaux des instances. Il contribue à la préparation de la Conférence des organisations internationales non gouvernementales, ainsi qu’à l’organisation et au suivi des conférences ministérielles sectorielles décidées par le Sommet et confiées à l’OIF. L’Administrateur est nommé pour quatre ans et sa mission peut être renouvelée. Il exerce ses fonctions par délégation du Secrétaire général.
Le Secrétaire général évalue l’action de coopération intergouvernementale francophone, telle que décidée. Il veille à l’harmonisation des programmes et des actions de l’ensemble des opérateurs directs reconnus.
A cette fin, il préside un Conseil de coopération, qui réunit l’Administrateur de l’OIF, les responsables des opérateurs ainsi que de l’APF. Il exerce ces fonctions avec impartialité, objectivité et équité. Le Conseil de coopération assure, de manière permanente, la cohérence, la complémentarité et la synergie des programmes de coopération des opérateurs.
Article 9 : Organisation internationale de la Francophonie
L’Agence de coopération culturelle et technique créée par la Convention de Niamey du 20 mars 1970 et devenue l’Agence de la Francophonie, prend l’appellation « Organisation internationale de la Francophonie ».
L’Organisation internationale de la Francophonie est une personne morale de droit international public et possède la personnalité juridique.
L’OIF peut contracter, acquérir, aliéner tous biens mobiliers et immobiliers, ester en justice ainsi que recevoir des dons, legs et subventions des gouvernements, des institutions publiques ou privées, ou des particuliers.
Elle est le siège juridique et administratif des attributions du Secrétaire général.
L’OIF remplit toutes tâches d’étude, d’information, de coordination et d’action. Elle est habilitée à faire tout acte nécessaire à la poursuite de ses objectifs.
L’OIF collabore avec les diverses organisations internationales et régionales sur la base des principes et des formes de coopération multilatérale reconnus.
L’ensemble du personnel de l’OIF est régi par son propre statut et règlement du personnel, dans le respect du règlement financier. Le statut du personnel a un caractère international.
Le siège de l’Organisation internationale de la Francophonie est fixé à Paris.
Article 10 : États et gouvernements membres, membres associés et observateurs
Les États parties à la Convention de Niamey sont membres de l’OIF. En outre, la présente Charte ne porte pas préjudice aux situations existantes en ce qui concerne la participation d’États et de gouvernements tant aux instances de l’Organisation internationale de la Francophonie qu’aux instances de l’Agence de la Francophonie.
Tout État qui n’est pas devenu partie à la Convention dans les conditions prévues aux articles 4 et 5 de celle-ci, devient membre de l’OIF s’il a été admis à participer au Sommet.
Dans le plein respect de la souveraineté et de la compétence internationale des États membres, tout gouvernement peut être admis comme gouvernement participant aux institutions, aux activités et aux programmes de l’OIF, sous réserve de l’approbation de l’État membre dont relève le territoire sur lequel le gouvernement participant concerné exerce son autorité, et selon les modalités convenues entre ce gouvernement et celui de l’État membre.
La nature et l’étendue des droits et obligations des membres, des membres associés et des observateurs sont déterminées par le texte portant statut et modalités d’adhésion.
Tout membre peut se retirer de l’OIF en avisant le gouvernement du pays qui exerce la présidence du Sommet ou le gouvernement du pays où est fixé le siège de l’OIF, au moins six mois avant la plus proche réunion du Sommet. Le retrait prend effet à l’expiration du délai de six mois suivant cette notification.
Toutefois, le membre concerné demeure tenu d’acquitter le montant total des contributions dont il est redevable.
Article 11 : Représentations permanentes de l’OIF
Sur proposition du Secrétaire général, la Conférence ministérielle peut établir des représentations dans les diverses régions géographiques de l’espace francophone et auprès d’institutions internationales, et décider de manière équilibrée du lieu, de la composition, ainsi que des fonctions et du mode de financement de ces représentations.
Titre III : Des dispositions diverses
Article 12 : De la Conférence des organisations internationales non gouvernementales et des organisations de la société civile
Tous les deux ans, le Secrétaire général de la Francophonie convoque une conférence des organisations internationales non gouvernementales, conformément aux directives adoptées par la Conférence ministérielle.
Article 13 : Langue
La langue officielle et de travail des institutions et opérateurs de la Francophonie est le français.
Article 14 : Interprétation de la Charte
Toute décision relative à l’interprétation de la présente Charte est prise par la Conférence ministérielle de la Francophonie.
Article 15 : Révision de la Charte
La Conférence ministérielle a compétence pour amender la présente Charte.
Le gouvernement de l’État sur le territoire duquel est fixé le siège de l’OIF notifie à tous les membres ainsi qu’au Secrétaire général toute révision apportée à la présente Charte.
Article 16 : Dissolution
L’OIF est dissoute :
- soit si toutes les parties à la Convention, éventuellement sauf une, ont dénoncé celle-ci ;
- soit si la Conférence ministérielle de la Francophonie en décide la dissolution.
En cas de dissolution, l’OIF n’a d’existence qu’aux fins de sa liquidation et ses affaires sont liquidées par des liquidateurs, nommés conformément à l’article 4, qui procéderont à la réalisation de l’actif de l’OIF et à l’extinction de son passif. Le solde actif ou passif sera réparti au prorata des contributions respectives.
Article 17 : Entrée en vigueur
La présente Charte prend effet à partir de son adoption par la Conférence ministérielle de la Francophonie.
06:18 Publié dans Liban | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, francophonie, liban, charte, démocrates
17/03/2009
Un libanais à Paris
On dit que chez nous le président est omniprésent, mais que dire du Liban ? Ici à Hazmieh, Michel Sleimane trône sur les panneaux d'indication... Et ce n'est pas anecdotique. Le Liban, c'est comme cela mais c'est aussi le charme de ce pays. Bon, le Président du Liban est donc à Paris. C'est un homme bien comme il faut. Ce qu'il fera à Paris ces jours-ci sera sans doute moins important que ce qu'il dira. C'est lui qui a dit d'ailleurs ce jour que "La France ne permettra pas qu'il y ait au Proche-Orient un compromis ou une solution au détriment du Liban, le Liban ne le permettra pas non plus". Bon et bien cela, c'est dit ! Et c'est important !
07:39 Publié dans Liban | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : liban, démocratie, 2009, paris, modem
28/02/2009
Message de Michel Aoun
Je m’adresse à vous aujourd’hui pour vous faire part des évènements survenus au Liban au cours des quatre années qui ont suivi mon retour d’exil et de ce qui se passe aujourd’hui avant les élections législatives. Je voudrais par ce fait purifier la mémoire des mensonges et des impostures qui auraient pu l’entacher et forger ainsi des convictions erronées pouvant affecter vos choix dans les divers domaines de la vie, dont notamment votre choix politique et patriotique.Dans le premier discours que je vous ai adressé sur la Place des Martyrs, au moment de mon arrivée au Liban, je vous ai assurés que vous participerez aux prochaines élections (2009). En effet, nous avons lutté de toutes nos forces pour garantir votre droit au vote à partir de vos pays d’adoption mais nous avons longtemps enduré la tergiversation des forces loyales (Courant du Futur et associés). De ce fait, la promulgation de la nouvelle loi électorale qui vous garantit ce droit, s’en est trouvée si retardée que le délai légal restant avant la date des élections a expiré. Le gouvernement a alors prétendu qu’il était dans l’incapacité de mettre au point les arrangements nécessaires pour l’application de cette loi dans les pays de diaspora et a remis la question du vote des émigrés pour l’an 2013. Ainsi, avec les montants considérables de pétrodollars mis à sa disposition par des pays étrangers ou à travers les profits illégitimes amassés tout au long de sa mainmise sur le pouvoir pendant seize ans, le Courant du Futur a toute latitude d’organiser le transfert des électeurs libanais résidant à l’étranger pendant la période des élections en leur fournissant billets d’avion et frais de séjour.
Cependant, cet intérêt soudain que porte le Courant du Futur aux Libanais de la diaspora et tous les appâts qu’il leur offre pour voter en faveur de ses candidats ne surprend pas les Libanais de l’intérieur ; il nous est même plutôt commun puisque ce Courant a pris l’habitude d’acheter les voix de certains citoyens à chaque échéance électorale. Mais cette fois, et en dépit de tous les moyens de corruption dont il use, il a réalisé que sa défaite aux prochaines élections était inévitable et qu’il perdra par conséquent tout contrôle sur la décision libanaise. Le voilà donc aujourd’hui qui essaye de vous amadouer alors qu’hier encore, il vous ignorait et se vantait d’avoir réussi l’exploit de vous avoir poussés à l’émigration.
N’est ce pas ce Courant même et ses alliés au pouvoir qui vous ont obligés à émigrer tantôt par la force des armes et tantôt par le chômage et l’appauvrissement, et tant de fois en vous marginalisant sur le plan politique et en vous transformant en ressortissants dépourvus de toute protection et de tout droit ? L’appel qu’il vous lance aujourd’hui n’est qu’un appât électoral visant à lui conférer une dominance qui lui fait défaut sur le territoire libanais. Par votre consentement, vous permettrez au pouvoir qui vous a poussés à l’émigration, et qui y poussera vos familles restées au pays, de se perpétuer. En effet, la corruption rampante, les dettes accumulées et le chômage croissant conduisent les Libanais restés au Liban sur les routes de l’émigration devenue encore plus difficile à la lumière de la crise économique mondiale.
Selon des informations qui nous sont parvenues par des amis, et qui ont été confirmées parles faits, le Courant du Futur entreprendrait une sélection ciblée de certains casas chrétiens dans l’espoir d ’y changer la donne en y faisant venir une partie des électeurs émigrés…
Vous allécher par un séjour touristique au Liban n’est que le prix de vos voix ; l’accepter serait un crime contre la patrie, un crime dont je vous crois incapables… J’ai voulu à travers ce message vous décrire la réalité dans laquelle se débat le Liban afin que vous ne contribuiez pas, même involontairement, à accroître les souffrances de votre pays. Pour cette raison, nous vous appelons à faire l’effort de venir au Liban et de contribuer à produire le changement tant espéré. Il s’agit là d’une occasion qui pourrait ne jamais se renouveler.
07:25 Publié dans Liban | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liban, 2009, démocratie, liberté, fraternité
13/07/2008
Le Liban a enfin un président reconnu par la communauté internationale
Ce que les Libanais ont voulu, ils l'ont obtenu et ils le doivent d'abord à eux-mêmes et à cette extraordinaire capacité de résistance qui les caractérise.

08:46 Publié dans Liban | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liban, politique, france, monde, paix
07/06/2008
5 heures sur terre pour 10 dans les airs
09:57 Publié dans Liban | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liban, france, politique, modem, bayrou
28/05/2008
Interview de Michel Aoun à L'Orient le Jour
Le général Michel Aoun apparaît aujourd’hui apaisé. Maintenant que le spectre de la présidence est écarté, il se sent soulagé d’un grand poids. Il affirme d’ailleurs avoir toujours été un homme libre, refusant la présidence lorsqu’elle lui était offerte sur un plateau, pour rester en harmonie avec ses idées et ses convictions. Aujourd’hui, il précise qu’il a tenu la promesse faite aux chrétiens. Et c’est à ces derniers, désormais, d’assumer leurs responsabilités. Détendu, il répond à toutes les questions avec toutefois une pointe de sarcasme. Il a beau déclarer s’élever au-dessus des critiques, il n’en conserve pas moins son ironie et son sens des formules. Il relève ainsi que l’élection présidentielle a réuni « l’axe du mal et celui du bien », et il conclut en affirmant que la finale de la partie se jouera en 2009.
Q - Comment vous sentez-vous après la fin du rêve de la présidence ?
R - « Je n’ai jamais eu ce rêve, n’en déplaise à certains médias. Je ne cherche d’ailleurs pas à convaincre de cela. L’essentiel étant que j’en sois convaincu moi-même. J’ai toujours agi selon mes convictions et j’ai refusé à trois reprises la présidence lorsqu’elle m’avait été proposée, notamment lorsqu’on voulait me donner la présidence sans la République. Sarkis Naoum l’a écrit dans son livre, lorsqu’il a relaté comment l’ancien président syrien Hafez el-Assad avait affirmé à Rafic Hariri qu’il n’avait pas d’inconvénient à ce que je sois élu à la présidence du Liban. Ce dernier lui avait même demandé s’il pouvait me rapporter ces propos en le citant. Et la réponse était venue affirmative. Les propos m’ont été rapportés et j’ai demandé : “On me donne la présidence, mais à qui donne-t-on la République ?” Quelques jours plus tard, c’était la guerre de libération, le 14 mars 1989...
La deuxième fois, j’ai renoncé à la présidence lorsque l’ancien ambassadeur des États-Unis Jeffrey Feltman me l’a offerte à condition que je brise mon entente avec le Hezbollah. Enfin, je l’ai encore une fois refusée lorsque, à la demande du président français Nicolas Sarkozy et de plusieurs ambassadeurs européens, j’ai renoncé à la présidence en contrepartie de mon initiative qui consistait à accepter mes revendications de réformes et à élire un président consensuel. On m’avait même alors suggéré d’être “le faiseur de rois, non le roi”. »
Q - Avez-vous des regrets ?
R - « Non, j’ai réalisé ce que je voulais. Il aurait sans doute pu y avoir un président plus fort et une plus grande harmonie entre mon bloc parlementaire et la présidence. Celle-ci peut encore se réaliser, mais elle dépend aujourd’hui de deux volontés, non d’une seule... »
Q - Quelles relations entretiendrez-vous avec le président Sleimane ?
R - « Quand on tient à la République, on tient aussi à la présidence. »
Q - Mais, selon les premières informations, le président compte se constituer un bloc parlementaire, en application d’ailleurs de votre propre théorie. N’y aura-t-il pas de rivalité entre vous ?
R - « Vous faites ainsi un procès d’intentions. Je suis parvenu à libérer la voix des chrétiens dans les élections législatives. Maintenant, ils doivent assumer leurs responsabilités et faire leur choix. À mon avis, ils doivent se soucier de rester unis pour former un important bloc parlementaire qui leur redonnera un rôle considérable dans la reconstruction du pouvoir. Par contre, ceux qui cherchent à les diviser veulent maintenir la situation actuelle et les laisser marginalisés. Si les chrétiens n’agissent pas en conséquence, ils laisseront passer une chance historique et se seront montrés incapables d’assumer leurs responsabilités. Je le dis sans le moindre embarras. J’ai fait de mon mieux pour eux. Ils doivent maintenant agir eux-mêmes. »
Q - Y a-t-il eu des arrangements discrets sur ces sujets entre vous et le président Sleimane ?
R - « Je n’ai conclu aucun arrangement avec qui que ce soit. J’ai donné gratuitement. Ce n’est pas avec des transactions commerciales que se bâtissent les nations, mais avec un don de soi et le respect des responsabilités de la part de ceux qui exercent un pouvoir moral ou effectif. »
Q - N’est-ce pas idéaliste pour un homme qui a une si longue expérience dans la politique ?
R - « Je suis idéaliste. Ceux qui ne le sont pas ne peuvent pas accomplir de grandes missions. Rappelez-vous que les “messages messianiques passent par la croix”. »
Q - Ne craignez-vous que le président ne réduise votre popularité ?
R - « Non, pas du tout. Je n’ai peur de rien ni pour rien. Je suis resté le même homme avec les mêmes convictions. L’équation est simple : si on ne veut pas de moi, on m’écartera à travers les élections. Mais le chantage selon lequel pour rester populaire, je devrais faire telle ou telle chose ne marche pas avec moi. C’est d’ailleurs pour préserver l’intégrité de tous ceux qui m’appuient que je reste ce que je suis. »
Q - Il y a quand même des risques que votre popularité au sein de l’armée baisse…
R - « Ma réussite dans la vie a souvent été causée par la fausse analyse de ma personnalité faite par mes adversaires et leur mauvaise évaluation de la situation réelle. L’armée est à l’image de la société, non le contraire. Ce n’est pas une force spéciale. Elle fait partie du tissu social. Cette équation ne peut être modifiée. »
Q - À Doha, vous étiez visiblement « le » problème ?
R - « Non, j’étais à la base de la solution. J’avais des idées et un projet clairs, connus de tous les Libanais. C’est l’autre partie qui modifiait ses projets et ses priorités. »
Q - Est-il vrai que vous avez reçu des enveloppes pour accepter l’accord ?
R - « En général, on récompense celui qui fait des concessions. Je ne crois pas que ce soit mon cas. »
Q - Certains disent que jusqu’à la fin, vous défendiez l’idée du gouvernement de transition...
R - « Pas du tout. Ce n’est que lorsque nous étions près de l’échec que l’opposition a fait cette proposition. Mais ce n’était pas un projet en soi. »
Q - Avez-vous, comme le disent certains, subi des pressions de la part de vos alliés et de l’Iran ?
R - « La seule pression exercée sur moi l’a été par mes responsabilités nationales. J’ai accepté la solution parce qu’elle est conforme à mes aspirations. Sinon, je ne l’aurais pas fait. Nul ne m’a donc contacté. »
Q - On dit que vos alliés subissaient les pressions iraniennes et qu’ils vous auraient dit : on ne peut plus continuer à vous soutenir ?
R - « Je n’ai pas eu cette impression. Au contraire, la décision m’appartenait et ils me soutenaient. Ils savaient aussi que ce que je demandais était raisonnable. »
Q - Vous avez quand même pris des sunnites, non des chiites, pour donner aux chrétiens ?
R - « Nous avons repris les découpages qui existaient en 1960. Comme à Beyrouth, il n’y avait pas de divisions administratives, nous en avons créé. Nous réclamions au début huit sièges pour les quartiers chrétiens regroupés dans une seule circonscription et nous nous sommes heurtés à l’opposition des FL. Nous avons finalement abouti au compromis que vous connaissez. »
Q - Mais à Baalbeck-Hermel et à Marjeyoun (régions à majorité chiite), la situation est restée la même ?
R - « Ces découpages existaient et les sièges chrétiens dans ces régions font partie du tissu social, comme le siège chiite de Jbeil et celui de Baabda. Alors que ce n’est pas le cas du siège maronite de Tripoli. Plus tard, il faudra sans doute des amendements pour redistribuer les sièges parlementaires. Maintenant, c’est trop compliqué. »
Q - Craignez-vous que le nouveau découpage ne soit pas adopté au Parlement comme prévu ?
R - « Non. L’entente de Doha bénéficie d’un appui international. Elle ne peut pas facilement être remise en cause. »
Q - Sincèrement, vous voyez-vous un jour en train d’appliquer « wilayat el-fakih » ?
R - « Je considère cette question comme une offense. Elle dénote d’un incroyable manque de confiance en soi et d’une réelle méconnaissance de la réalité libanaise. Je ne crois pas que le peuple libanais en soit là. »
Q - En évoquant Doha, les médias occidentaux parlent d’une victoire du Hezbollah, vous accordant le rôle du suiveur ?
R - « Ce n’est pas la première fois que les médias occidentaux évaluent mal la situation. D’ailleurs, c’est une des raisons de l’échec des Occidentaux dans la région. L’opposition était unie et avait les idées claires. C’est pour cela qu’elle a obtenu gain de cause. »
Q - Selon vous, y a-t-il un vainqueur et un vaincu ?
R - « Le Liban a vaincu à travers ceux qui ont défendu son unité nationale. »
Q - Pensez-vous que l’accord de Doha soit fait pour durer ?
R - « Je n’ai pas participé à l’élaboration de beaucoup d’accords. Il y a eu l’entente avec le Hezbollah qui durera longtemps encore et l’accord de Doha. Je crois qu’il sera aussi une réussite, car il ne laisse pas beaucoup de possibilités aux interprétations. Je ne voudrais d’ailleurs pas lier mon nom à un échec. »
Q - Que vous inspire la présence arabe et internationale à la séance d’élection ?
R - « Elle est la preuve de l’appui dont jouit l’accord. Mais le Liban a réuni pendant cette séance l’axe du mal et celui du bien. Ce qui montre bien à quel point les étiquettes de M. Bush sont fausses. »
Q - Croyez-vous que le gouvernement sera formé rapidement ?
R - « Cela dépendra des caprices... »
Q - On dit qu’il y a déjà un problème sur le portefeuille de la Justice, que vous réclamez, alors que la majorité le veut aussi ?
R - « Ce sont des rumeurs Nous ne sommes pas encore entrés dans les détails. »
Q - Avez-vous posé des veto sur certains noms de ministrables ?
R - « Non. Mais nous n’accepterons pas que le gouvernement soit taillé aux mesures de certaines personnes. »
Q - Vous êtes-vous entendus à Doha sur la déclaration ministérielle ?
R - « Non. »
Q - Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
R - « J’ai une bile qui fonctionne bien. Je suis détendu. Dans le contexte actuel, avec un président qui n’a pas beaucoup de prérogatives, il vaut mieux être ailleurs. La finale se jouera en 2009. »
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22/05/2008
Accords de DOHA: communiqué du CPL/France
Le Rassemblement Pour le Liban/France exprime sa satisfaction suite à l’accord inter-libanais conclu cette nuit à Doha (Qatar) qui a mis fin à la crise politique qui sévi dans le pays depuis 3 ans et qui a engendré le dernier conflit armé.
Le processus de Doha prouve que l’entente et le dialogue entre les différentes parties libanaises restent les seuls moyens possibles afin d’aboutir à des résultats tangibles. Ceci correspond d’ailleurs au fondement stratégique de l’action du Courant Patriotique Libre et de son leader le Général Michel Aoun qui n’ont eu cesse de le prôner depuis le début, face à la volonté de l’accaparation et de l’exclusion pratiquée par ladite « majorité » jusqu’à la dernière minute.
La solution actuelle répond aux exigences du CPL pour rétablir une meilleur représentativité politique et permettre à toutes les communautés qui composent le tissu libanais de reprendre part dans la décision nationale.
Le RPL souhaite saluer, en particulier, l’action du Général Aoun, ce grand Homme qui s’est battu pour le Liban dans le passé, qui se bat encore aujourd’hui et continuera sûrement à le faire dans l’avenir. Michel Aoun a accepté de se retirer personnellement de la bataille des présidentielles, malgré sa légitimité populaire et politique, en privilégiant le consensus interne. Le RPL espère que toutes les parties comprendront aussi bien l’intérêt de ce consensus, respecterons leur signature et s’engageront à mettre en œuvre toutes les étapes de cet accord.
Le RPL remercie enfin tous les pays qui ont contribué à la naissance de cet accord, en particulier l’Emirat de Qatar qui a été un interlocuteur objectif et neutre dans le vrai sens du terme.
Paris le 21 mai 2008
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05/04/2008
Michel Aoun répond aux questions de l'Orient le Jour
«Ça n’arrive qu’au Liban. » Cette phrase, qui revient souvent dans les propos de Michel Aoun, se veut surtout ironique. Elle cache mal la blessure de cet homme face aux critiques systématiques dont il fait l’objet au Liban et à l’étranger depuis qu’il a quitté, comme on l’en accuse, le « camp du 14 Mars ». Pourtant, il affirme qu’il n’a pas changé, rappelant les discours élogieux de nombreux piliers du 14 Mars à l’égard de la Syrie alors qu’il était en exil et que ses partisans étaient arrêtés. Le général, qui a voulu cette année se réapproprier cette date symbole, a décidé de manier désormais le sarcasme, puisque sa spontanéité, comme il le souligne, lui est reprochée. Mais il ne se fait plus beaucoup d’illusions sur les grandes démocraties et sur les déclarations de principes. Sa force, précise-t-il, vient du peuple. Et c’est à lui qu’il s’adresse une fois de plus, convaincu que son « destin » est une lutte permanente et que sa vie ne sera jamais un long fleuve tranquille...
Q - En cet anniversaire du 14 mars, n’avez-vous pas le sentiment d’avoir commis une erreur ?
R – « Au contraire. Je n’ai pas changé. Mes opinions sont les mêmes, mais les circonstances changent. Le Liban n’est plus occupé par les forces syriennes et il faut revenir à des relations de bon voisinage avec ce pays. C’est l’autre camp qui a changé et qui, après avoir tenu un discours élogieux à l’égard de la Syrie, est aujourd’hui contre elle, pour être du côté du plus fort. »
Q - L’ensemble de la communauté internationale dénonce le rôle négatif de la Syrie au Liban...
R – « C’est pourtant cette même communauté qui a introduit la Syrie au Liban. En ce qui nous concerne, nos revendications n’ont rien à voir avec la Syrie. Nous voulons une participation effective au gouvernement et une loi électorale équitable. Je voudrais aussi rappeler qu’en juillet 2006, c’est encore la communauté internationale qui a impliqué la Syrie et l’Iran alors que ces pays n’avaient aucun combattant sur le front. Même chose pour le document d’entente que nous avons signé avec le Hezbollah. On l’a qualifié de prosyrien alors qu’il n’y a qu’un paragraphe sur la Syrie et qu’il comporte des points qui ont fait l’unanimité des parties libanaise à la table de dialogue national. »
Q - Mais ce sont quand même la Syrie et l’Iran qui arment le Hezbollah ?
R - « Ceux qui disent cela oublient que l’arsenal israélien vient des États-Unis. Comme si ce sont les armes qui définissent l’identité des protagonistes, non les combattants. »
Q - Si les choses sont aussi simples, pourquoi n’arrivez-vous pas à convaincre la communauté internationale ?
R – « Je n’ai pas à convaincre ni à me justifier. La communauté internationale a fait un choix. Elle se tient aux côtés d’Israël et ne veut rien entendre. La même politique se poursuit depuis 60 ans et le conflit israélo-arabe ne connaît toujours pas une fin heureuse. Cela devrait la pousser à changer... »
Q - Dans ce cas, pourquoi une partie des Libanais serait-elle avec la communauté internationale ?
R – « Il s’agit tout simplement d’une lutte pour le pouvoir. C’est une politique politicienne qui oppose ces Libanais au Hezbollah. Pourtant, le sentiment de solidarité nationale devrait l’emporter. Une partie des Libanais justifie pourtant la guerre contre leurs concitoyens et culpabilise ceux qui se défendent contre les agresseurs. »
Q - Le Hezbollah n’est-il pas un agresseur à certains moments ?
R – « Quand on est visé pour être éliminé comme l’est le Hezbollah par Israël, les mesures prises s’inscrivent dans le cadre de la légitime défense. De plus, le Hezbollah n’occupe pas une partie du territoire israélien alors qu’Israël occupe une partie de notre territoire. Cela ne veut pas dire que je justifie la guerre, mais je ne peux pas refuser le droit du Hezbollah à se défendre, notamment après l’assassinat de Imad Moghniyé. »
Q - Pourquoi ne pas envisager un rôle éventuel de la Syrie dans cet assassinat ?
R – « En suivant cette logique, on pourrait dire que la France a un rôle dans l’assassinat de Chahpour Bakhtiar (l’ancien Premier ministre iranien assassiné en France). »
Q - Depuis trois ans, vous affirmez qu’il n’y a pas de preuve pour incriminer la Syrie dans l’assassinat de Rafic Hariri. Pourquoi n’avez-vous pas la même attitude au sujet de l’assassinat de Moghniyé ?
R – « J’ai déclaré que les indices portent à croire que les Israéliens et les Américains seraient derrière l’assassinat de Moghniyé. Tout comme j’ai dit après l’assassinat de Gebran Tuéni qu’il y avait 90 % de chances que la Syrie soit l’auteur de l’attentat, mais il reste 10 % de possibilités que ce ne soit pas elle... Il y a eu 28 assassinats et aucune piste sérieuse n’a été découverte. Le gouvernement reste accroché à son siège et prétend assurer notre sécurité alors qu’il ne peut se protéger lui-même ! Cela n’arrive qu’au Liban... »
Q - Que se passe-t-il avec Michel Murr ? Votre bloc parlementaire est-il en train de s’effriter ?
R – « Michel Murr a dès le début annoncé son indépendance par rapport à notre bloc et nous traitons avec lui sur cette base. Il a d’ailleurs pris position sur la question de la présidence depuis le mois de septembre. »
Q - Il pourrait donc se ranger aux côtés de la majorité pour élire un président ?
R – « La présidence n’est pas seulement une question de voix. Beaucoup d’États interviennent sur ce dossier et ne parviennent pas à obtenir gain de cause, car leur projet ne bénéficie pas d’un appui populaire. On ne peut pas détourner l’opinion des gens et leur volonté. Un candidat qui détient 65 % des suffrages ne peut être remplacé par un autre qui n’en a que 2,5 %. C’est monstrueux. »
Q - Est-ce le cas du général Michel Sleimane ?
R – « C’est un candidat consensuel. C’est un autre cas de figure. En cas d’entente, il aura nos voix. »
Q - Est-il toujours un candidat consensuel ?
R – « Tant qu’il n’y a pas de changement dans les positions, oui. »
Q - Que pensez-vous du document proposé par les forces du 14 Mars ?
R – « Il a un retard de plus de deux ans. J’avais présenté des propositions constitutionnelles et démocratiques le 15 octobre 2005. Mais la majorité n’avait pas jugé bon d’en discuter. »
Q - Le document du 14 Mars prône une politique d’ouverture.
R – « Comme le dit la chanson, “paroles, paroles, paroles”. »
Q - N’est-ce pas un procès d’intention ?
R - Non, notre expérience est claire avec eux. Leurs méthodes restent les mêmes. Ils sont actuellement en train de distribuer du mazout et de l’essence au Kesrouan et à Jbeil. »
Q - Tant mieux si les gens en ont besoin...
R – « Oui, surtout qu’il s’agit des bénéfices réalisés à travers l’importation du fuel. Ils achètent les voix par le mazout. Mais s’ils donnaient aux gens le courant électrique, ce serait mieux. »
Q - Ceux qui perdent tiennent de tels propos...
R – « Mais non. La majorité essaie, mais les gens ne se laisseront pas faire. Ils ne mendient pas. Ils réclament leurs droits. »
Q - N’avez-vous pas le sentiment que votre popularité a baissé ?
R – « Non, je ne le sens pas. D’ailleurs, où seraient passés mes partisans ? Chez le gouvernement, malgré la faillite généralisée du pays ? »
Q - Peut-être se sont-ils ralliés à Samir Geagea ?
R – « Peut-être. Surtout les déplacés du Chouf et de Aley. 17 % d’entre eux sont rentrés au Chouf et 16,6 % à Aley. Et encore, ils y vont en été seulement. »
Q - Pouvez-vous affirmer en toute conscience que la Syrie n’a pas de visées sur le Liban ?
R – « Ce qui est compte, c’est comment les Libanais traitent avec elle. Sous prétexte de l’attaquer, certains lui donnent le droit d’intervenir et de répondre. De plus, c’est la communauté internationale qui l’a sondée sur la présidence. Personnellement, ma position a toujours été la même – il ne faut pas sonder les autres capitales, ni Damas ni aucune autre. Je suis contre toute intervention étrangère et je n’ai réclamé qu’un gouvernement d’union nationale. »
Q - Pensez-vous que le gouvernement doive participer au sommet de Damas ?
R - Je suis contre sa participation, d’autant que je ne reconnais pas la légalité de ce gouvernement. De toute façon, nous ne nous considérons pas liés par ce que fait M. Siniora. »
Q - L’initiative arabe est-elle toujours en vigueur ?
R – « Les Arabes traitent le dossier libanais avec un manque de clarté. Leur initiative part de bonnes intentions, mais l’enfer en est pavé. Finalement, toutes les initiatives visent à écarter l’opposition de toutes les décisions importantes et de l’élaboration de la loi électorale... »
Q - Sur quoi vous basez-vous pour affirmer qu’il n’y aura pas de guerre ?
R – « Le rapport actuel de force ne permet pas à Israël de mener ou de prendre l’initiative d’une nouvelle guerre. »
Q - Et les navires militaires américains qui sont dans la région ?
R – « C’est une sorte de défilé dissuasif à l’adresse de gens non avertis... »
Q - Le Liban est-il au bord d’une guerre civile ?
R – « Il y a beaucoup de forces de nuisance qui peuvent provoquer des incidents, mais pas la guerre. »
Q - Croyez-vous que le Hezbollah vous dit tout ?
R – « Peut-être pas. Mais je sais lire et prévoir. Au troisième jour de la guerre de 2006, j’avais dit aux ambassadeurs Feltman et Émié qu’un incident de frontière ne cause pas une guerre, c’est juste un prétexte. Il a fallu attendre que M. Olmert dise que la guerre a été préparée depuis mars pour qu’on me donne raison. Je ne cherchais pas à défendre le Hezbollah, mais à expliquer les faits aux citoyens pour qu’ils ne se laissent pas manipuler. »
Q - Vous ne pouvez nier le fait qu’il y a deux projets qui s’affrontent dans la région, et en étant dans le camp antiaméricain, vous êtes de facto dans le camp syro-iranien ?
R – « Je suis avec mon pays. C’est ici que je veux vivre, en harmonie avec mes concitoyens. Qu’on m’explique en quoi consiste le projet américain. S’agit-il du fameux chaos constructif dont on a parlé ? »
Q - Peut-être s’agit-il de renforcer la démocratie ?
R – « De quelle démocratie parle-t-on ? De la loi électorale de 2000 ? Du Hamas ? de l’Irak ? La démocratie, c’est visiblement juste bon pour les Américains. Mais chez nous, pensent-ils, c’est la force qui doit prendre le pas sur le droit. »
Q - Avez-vous renoncé à la présidence ?
R - La fonction n’est pas importante. C’est le rôle qui compte, et le mien est de dénoncer et de combattre la corruption, de contribuer à la réforme et d’appeler au traitement des dossiers urgents – la sécurité, la justice et le développement... »
Q - En somme, votre mission ne finira jamais ?
R – « Oui, c’est un processus de vie, une lutte continue, non un tremplin pour atteindre un poste ou une attitude dictée par des intérêts provisoires... »
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29/03/2008
Il l'a dit
Le premier ministre Libanais: « Il n’est plus acceptable qu’un pays frère comme la Syrie, ou un pays ami comme l’Iran, ou tout autre pays dans le monde traite le Liban comme une zone d’influence ou un champ de bataille ».
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18/02/2008
Michel Aoun mène, à sa manière, le Liban vers sa révolution orange
J'ai souvent pris l'habitude, ici, de parler du Liban. Le pays est aujourd'hui traversé par une crise profonde mais pas celle que des médias ici et ailleurs tentent de faire croire. Le Liban serait divisé en deux parties : le groupe de la démocratie, c’est-à-dire celui au pouvoir et le groupe pro-syrien, c’est-à-dire l’opposition. Comme l'explique l'ancien directeur de la DST dans une récente interview, "l’ironie est le fait qu’une bonne majorité des gens actuellement au pouvoir, s’était rassasié depuis longtemps, tout en étant à table, hôte de syriens, et qu’aujourd’hui elle accuse Michel Aoun d’être proche de la Syrie". J'ai rencontré en début d'année Michel Aoun (photo prise chez lui à Rabieh). A sa manière, il mène le Liban vers sa révolution orange. Tout est dit dans un livre témoignage: "Ma vision du Liban". Pour celles et ceux qui aiment le Liban, à lire sans modération, pour comprendre le présent d'une actualité bien chargée et si pesante. Mais qui nous concerne aussi.
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